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Rencontre : Danamé, la toile de confection d’une mode humaniste

Paris, le 21 février 2018 : La capitale vie au rythme de la Fashion Week. Dana Messika présente sa nouvelle collection pour  Danamé, la marque qu’elle a fondé il y a tout juste 1 an.

Paris le 21 février 2018 : À la veille de cette rencontre, 111 écolières sont portées disparues dans le nord-est du Nigeria. Une nouvelle attaque de Boko Harram qui vise précisément les filles, mais aussi le symbole du savoir : l’école-soit l’espoir de dépasser sa condition.

Dana Messika, est une femme, une mère, une épouse, une couturière, une féministe mais surtout une personne qui a su allier intelligence et imagination pour s’exprimer, s’insurger et ne jamais s’enfermer dans ses privilèges. Ces blouses brodées, corps de sa collection, sont la promesse d’une démocratisation de la mode au plus grand nombre. Une pièce intemporelle, facile à porter, qui par la broderie prend une toute nouvelle valeur. Ce supplément offre un brin de ce qu’il y’a de précieux, luxueux : cette chose qui fait briller, et permet de se sentir digne. La mode a ce pouvoir, qui ne devrait pas être cloisonné à l’avenue Montaigne. Alors Dana Messika invite les femmes a renouer avec le plaisir de se sentir habillées, fières. Le vêtement  » la première chose que l’on voit d’une personne. La première manière de se dire aux autres, et de communiquer » : soit une véritable langue qui devrait être accessible à tous, pour sublimer-sans oublier-le quotidien. Un quotidien dans un monde qui évolue selon des vitesses différées. Accélération numérique qui emporte les espoirs de la jeunesse, qui tente de retrouver le « moment présent ». Danamé reconnecte les temps. Au milieu de nos pays, bien confortables, des vies humaines sont encore en sursis. Menace permanente, absence des droits de l’Homme, de voix féministes ou autres, qui permettent à tout types de groupes minorés de s’exprimer. Un monde muselé, un monde à rebroder.

 

De fils en aiguilles une discussion qui prend pour point la mode, et réfléchit sur le tissu sociétal.

 

 

 

 

 

De fils en aiguilles une discussion qui prend pour point la mode, et réfléchit sur le tissu sociétal.


Une broderie, faite de la même matière que les rêves.

Dana Messika débute sa vie en Roumanie avant de grandir en Israël.  De son enfance, elle garde des souvenirs évoqués avec le sourire, même si la Roumanie était un pays « difficile, figé » ou les rôles étaient attribués pour ne pas changer. La situation économique et politique oblige les femmes à se débrouiller.  » Elles devaient tout faire elles-même: cuisiner, s’occuper des animaux, cultiver, coudre ». Une grand-mère couturière qui aujourd’hui revient comme  un signe du destin « avec Danamé et la broderie je clos la boucle finalement ». Dana Messika parle de ce retour aux sources qui n’avait rien de prédestiné. En effet  avant d’en revenir à l’art de la broderie, Dana Messika a eu des vies multiples qui fondent sa richesse

Blouse Roumaine : Henri Matisse repère déjà tout l’art de cette tradition

 

À 18 ans, elle quitte Israël pour Paris et voyage grâce à son activité de mannequin « Je ne tenais pas en place, je voulais voir le monde ». Puis elle rencontre son mari,  fonde une famille. « J’ai eu le privilège de choisir la manière dont je voulais éduquer mes enfants, je ne voulais pas qu’ils soient prisonnier des conventions ; qu’ils se construisent hors des marges (…) Devenir maman c’est également découvrir une facette qu’on ne connaissait pas ». Dana, « dompteuse de dragon » ne se contente pas d’instruire ses enfants, et entreprend des études sur le féminisme. «  C’est quoi le féminisme ? Je suis une vielle louve de la deuxième vague, un monde ou les combats menés par la première vague ont offert des droits aux femmes : je suis privilégiée ». Libre d’élever ses enfants sans les mettre à l’école, libre de mener la carrière de son choix, de pas être à la merci d’une situation politique, « c’est aussi ça être féministe ».  Soit une liberté permise par le capital économique et culturel;  en réalité une liberté due à la constante franchise avec laquelle s’exprime Dana Messika, à sa grande lucidité sur sa situation  » Je suis privilégiée ». Plus qu’une féministe, c’est une humaniste qui s’évertue à guérir corps et esprit par le savoir, ses voyages, son activité d’homéopathe est aujourd’hui la mode et la broderie  » les étoiles s’étaient alignées ».

« J’ai une petite fille de 8 ans qui me parle d’animaux et de princesses pendant que des petites filles se font prendre dans des camions. Ça me dérange » .-Dana Messika

Héritage, transmission : ce sont les vies gâchées de millions de petites filles qui font trembler Dana Messika « Aujourd’hui je suis une féministe enragée » .111 filles, des gamines, dont le destin s’arrête là .Peut-être aimaient-elles coudre avec leur mère : personne ne le saura. Dana Messika  bégaye…Des pans entiers du monde restent incompréhensibles. Cela force à regarder les décalages, les fossés qui se creusent.

L’univers mode se dessine de montagnes et de vides, alors  » Daname c’est ramener ce qu’il y’a de plus précieux, de plus onéreux à la portée de tous. La broderie rend beau : elle doit sortir de son olympe »

Danamé : fini la course après le temps.

« Elle a des mains intelligentes » : une expression que les français prononcent du bout des lèvres, préférant séparer artistes et artisans. Pourtant un artiste est un ensemble, un esprit, dans un corps, avec des mains qu’il faut diriger : » Je ne comprend pas cette distinction (…) avec Danamé j’aimerais rendre hommage aux mains intelligentes ». Des mains qui étaient celles de sa grand-mère  » les broderies qu’elle faisait en Europe de l’est, étaient basées sur les X : on en retrouve dans la collection (…) c’est assez symbolique, très profond.La broderie c’est toute l’âme, tout l’ADN d’une région ». Aujourd’hui c’est le savoir-faire Indien qui est mis en lumière: «  les brodeurs les plus audacieux ( …) je les respecte profondément. Leur couture est un droit au temps, prendre le temps d’atteindre un résultat somptueux ». Danamé : un manifeste pour renouer avec l’expérience du temps long. Une expérience de plus en plus demandée par la nouvelle génération. Prise dans une monde ou les informations sont obsolètes avant même d’être diffusées, ou l’existence s’est résumée en une course dont on a oublié le but.  » Je reviens d’une conférence: les recherches sociologiques sur les millèniales montre que 2/3 vivent sous antidépresseurs( …) ils cherchent le pur, la nature, l’expérience authentique ». Privée de toute émotion, la nouvelle génération a fait de son corps un outil rentable, mesurable quantifiable. Danamé est un crie  » nous ne sommes pas des machines: mais pour cela il faut se réaproprier le temps. » En toute logique la broderie devient la trame de confection de ce discours «  Le corps est le plus merveilleux des canevas »

Danamé : à la fois simple et précieux. Les broderies de chaque pièces racontent l’histoire des heures dont chaque point est issu.

« Fast-Fashion, Fast-Food , Fast-Love : tout est livrable en moins de deux secondes. C’est le discours ambiant. En même temps on entend dépression, Burn-out. Pourtant tout ce qui est précieux a besoin de temps-cela va faire 29 ans que je suis avec mon mari ! »-Dana Messika

Échec et math, l’essentiel qu’est-ce que c’est ? Dana Messika n’a pas de réponses toutes faites «  Je monte la montagne à mon rythme, par moment l’air manque mais, le moindre souffle de vent est un souffle pur. ». La broderie est au coeur de la philosophie de sa marque : pour la prochaine collection elle ornementera des robes « avec des poches, pour le confort« . La culture Maori, et l’art du tatouage ont inspiré Dana. « J’aime cette idée de graphisme violent sur des matières fluides et légères ».

Si le tatouage c’est comme « graver l’âme », alors Dana Messika par ses mots, ses choix, ses rires et ses frissons est une personne qui grave les esprits.


« Au delà du féminin et masculin; il y a les droits de l’Homme «  avec un grand H. De manière récurrente la mode est réduite à sa frivolité, son élitisme.  Avec Danamé: il n’en est rien. Ce que Dana Messika retient de la mode :« la créativité » . Elle cite Einstein :‘L’imagination est plus importante que l’intelligence ». Alors imaginons, prenons le temps de rêver au milieu des métros bondés, des bureaux remplis de papiers. Avec une pièce facile à porter, intemporelle, Dana Messika tend aux femmes des outils pour s’imaginer.

Article paru ici : https://www.luxsure.fr/2018/03/26/rencontre-daname-la-toile-de-confection-dune-mode-humaniste/

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